Mon blog  

Rechercher

Touchées, de Quentin Zuttion



Il y a des livres qui résonnent dans les tempes autant que dans l'air du temps. Ils tapent en plein coeur tant ils crient les maux inhérents à une époque. Ils tranchent, par une lame aiguisée, le coeur de la vérité.

Un mari. Un frère. Un étranger.

Une femme qui dort avec un couteau. Une qui se travestit pour s'anesthésier. Une qui (s')oublie.

Elles ne crient plus (sauf Tamara qui agresse tout ce qui bouge, y compris elle-même). Ne pleurent plus (sauf Lucie, de l'intérieur, quand son fils part chez son père). Elles vibrent d'une rage sourde à fendre les maux (sauf Nicole, qui a bloqué toutes ses émotions dans les mots de son dos).

Mortes. Tuées de l'intérieur. C'est comme ça que l'on entame ce roman graphique, écrit et illustré par Quentin Zuttion, aux Éditions Payot & Rivages.

Lucie, Tamara et Nicole ne se (re)connaissent pas et se rencontrent à un cours d'escrime thérapeutique. Personne ne sait ce que l'autre a vécu. Ces blessures là ne se voient pas sur le visage. Elles sont profondes. Tellement cachées qu'elles-mêmes n'y ont plus accès. Pourtant, elles vont y aller. À ce programme d'un an pour se réparer. Vont-elles y arriver ?

Confronter le corps. Le ramener à la vie. Par l'escrime. L'épée de l'esprit. Tuer la honte. Se mesurer à l'autre. Ce terrible et menaçant "autre". Réapprivoiser le toucher. Dissoudre la culpabilité. Mais, cette fois, selon leurs règles.

Touchées ne fait pas que toucher en plein coeur. Touchées n'est pas juste un livre. C'est un message. Un merveilleux message. Pour les victimes de violences sexuelles et toutes les personnes qui les entourent. Afin de comprendre les rouages ombrageux de ces meurtres identitaires. La puissance de l'emprise. Le viol-ent. Le crime du silence et, son complice, le déni. Un entourage qui ferme les yeux. S'arracher les tripes par la substitution. Récupérer son corps. Extraire la rage et déconstruire la négation de l'altérité.

Elles sont trois. Elles sont terriblement belles et vibrantes d'humanité. Elles sont le reflet de toutes celles qui ont morflé, preuves que la résilience s'avère être une source intarissable de férocité. Porter plainte ? C'est une question à laquelle elles trouveront chacune leur réponse.

La parole des femmes. La violence faite aux femmes. On en entend parler régulièrement depuis le mouvement #metoo et avec les trop nombreux féminicides. Adèle Haenel, Vanessa Springora mais aussi Flavie Flament. Toutes ces femmes, et tant d'autres, ont entamé la libéralisation de la parole. Quentin Zuttion, par cet ouvrage, participe à cette émancipation du récit et au décryptage de rouages psychologiques encore méconnus.

Je suis conquise. Nous devrions tous lire ce livre !


Julie


© 2019 | Julie Desbuquois | Mentions légales