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La lettre à Élise.

Elle était sur le pont. Prête à sauter. Il y avait eu trop de choses. Pas assez de reconnaissance. Un manque de conscience. C'était fini. Trop tard. Vendredi 13 mars. C'était le bon moment. Dire au revoir. Elle avait choisi ce métier pour sauver des vies. Infirmière. Elle était devenue importante. Mais depuis quelques années ils manquaient terriblement de moyens. Elle avait la pression. Tellement épuisée que sa vie personnelle avait foutu le camp. Comme son ex. Parti. Évaporé. Il y a des jours c'était trop, elle ne savait plus auprès de qui pleurer. Au moment où elle allait prendre appui sur son pied, son téléphone avait sonné. "J'espère que tu vas bien, courage." Un ami. Un ex ex ex-ami. Elle se tourna par réflexe. Jamais il n'avait pris de ses nouvelles. Un deuxième bip. "Je vous admire tellement, je pense à toi." Une copine. Elles s'étaient perdues de vue depuis longtemps. En s'accrochant de nouveau à la rambarde, Élise, déconnectée depuis plusieurs jours, ouvrait Facebook. Que se passe-t-il ? "La France ferme ses écoles, le personnel soignant en première ligne." Posant le pied au sol, elle s'était progressivement assise. Tout cela lui semblait irréel. Impossible. Messages de ses collègues, de sa mère, de son ex (Son ex ??). Soudainement, elle prit conscience de son geste. On a tous besoin d'être aimé. Mais pourquoi en arriver là ? Les messages affluaient. Ses collègues lui demandaient ses disponibilités. S'accrochant fermement à la rambarde, elle chevaucha la barre, prenant garde de ne pas glisser, et remonta le pont à toute allure.

Quelques heures plus tard, à l'hôpital, en pleine transfusion d'un patient qui lui disait "Merci, merci de m'avoir sauvé". Cela n'était plus le moment. Elle souriait et lui transmettait le plus possible le flot de vie qui coulait dans ses veines. C'est ça, être infirmière. Donner de la vie. Tout d'un coup reconnue, vue, comprise. Elle se souvint de ce moment. Sauter. Puis vint le mot. Sauver. Il suffit d'une lettre. Une seule petite lettre et tout peut changer. Une seule petite lettre qui fait un mot, des mots qui font un message et une vie ne saute plus. C'est la lettre à Élise. ]


Histoire dédiée au personnel soignant et au travail admirable qu'ils font un peu partout, ainsi qu'à toutes les Élises et à toutes ces petites lettres que nous semons autour de nous...


Joie, Paix & Harmonie.


À bientôt,

Julie.


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